30 concurrents dont 2 femmes, 2 étrangers, 5 étapes, 1660 milles de course, tel est le scénario de cette 3ème édition de La Cap Istanbul qui s’élance le 14 septembre du port de Nice.
Nouveauté 2008, les navigateurs évoluent désormais en solitaire dans une course qui est la dernière manche du Championnat de France de Course au Large en Solitaire.
La Cap Istanbul emmènera les navigateurs sur un parcours en cinq étapes, depuis Nice jusqu'à Istanbul, en passant par Cagliari (Sardaigne), Marzamemi (Sicile), Iraklion (Crête), Bozcaada (Turquie) et les Dardanelles.
Un parcours technique, nanti de tous les pièges que peut recéler la méditerranée, mais aussi un théâtre des opérations souvent majestueux. Des hauteurs arides de la Sardaigne à l'embouchure du détroit de Messine, des montagnes de Crète aux Dardanelles, ce sont des paysages constamment renouvelés qui attendent les navigateurs.
VICTOIRE DE NICOLAS BERENGER ET DEKONE ELEVATORS
En 2007, l'équipage Nicolas Bérenger / Thierry Chabagny avait remporté une brillante victoire lors de la deuxième édition de Cap Istanbul.
Pour cette édition 2008, Nicolas Bérenger a à coeur de démontrer ses capacités de skipper en solitaire. A quelques jours du départ de la Cap Istanbul, Nicolas Bérenger nous fait part de ses impressions
1) Bonjour Nicolas. A l'approche de cette Cap Istanbul 2008, tu fais partie du Top 10 de la Solitaire du Figaro (7e) et du Top 5 du Championnat de France de course au large en solitaire. C'est une belle montée en puissance par rapport à l'année dernière !
Si on ajoute mes 2 podiums aux courses d'avant saison, je n'ai jamais fait un aussi bon début d'année. Je suis très régulier ce qui prouve que le travail fourni sur l'année paye. Je suis logiquement dans les quotas fédéraux pour le statut de sportif de haut niveau senior ; ces bons résultats sont aussi le fruit de 4 années de partenariat avec KONÉ au cours desquelles je n'ai fait que monter en puissance.
2) Tu es le vainqueur en titre de Cap Istanbul 2007. Comment abordes-tu cette nouvelle édition ?
Cette année, Cap Istanbul est une toute nouvelle course puisque c'est la première fois que nous allons la courir en solitaire.
Cap Istanbul, c'est Ma course puisque nous quittons les cailloux bretons et la pluie pour nous retrouver sous le soleil méditerranéen. Attention toutefois, soleil méditerranéen ne veut pas dire vacances : il ne faudra pas se laisser piéger ! Si on compte uniquement les miles réellement effectués en course, on se rend compte que cette Cap Istanbul s'annonce plus longue que la solitaire du Figaro. La partie entre la Sicile et la Crête fait 450 miles, c'est la plus longue portion off shore de l'année ! Ce sera une course extrêmement difficile car il y a de longs passages côtiers qui ne permettent pas de se reposer, mais aussi des portions de navigations hauturières très importantes.
Ajoutez à cela un plateau très relevé : tous les meilleurs seront là ! Je dénombre près de 25 bateaux pouvant faire une performance dont 10 capables de gagner... Les places seront chères… mais c'est ce que j'aime !
3) Côté stratégie de course, tu as trois possibilités : - tout faire pour réaliser le doublé 2007 / 2008 à l'arrivée à Istanbul ; - rester au contact pour gravir les 4 échelons du classement du Championnat de France de course au large en solitaire ; - viser une victoire d'étape. Quelle stratégie vas-tu privilégier ?
Il va falloir user de ces 3 stratégies. Je veux gagner cette édition 2008 pour réaliser le doublé, mais je veux aussi gagner le Championnat. Il me faut donc remporter cette course mais ne pas prendre de trop gros risques pour ne pas tout perdre bêtement. Gagner une étape me tient également à cœur car c'est toujours une très grosse satisfaction sur le plan sportif !
En fait, il faudra surveiller mes adversaires, faire preuve d'audace et d'opportunisme mais, avant tout, il faudra surtout être bon !
4) Cap Istanbul se déroule un mois après la Solitaire du Figaro, n'est ce pas un peu tôt ? As-tu eu le temps de récupérer ?
Les médecins disent qu'il faut 1 mois de repos complet pour se remettre parfaitement d'une course telle que la Solitaire du Figaro. Je n'ai pas eu ce délai, d'autant plus qu'il a fallu mettre au point différents détails entre les 2 courses. Heureusement, coté logistique, je suis bien épaulé par une équipe efficace. Ainsi, Jimmy Lebaut, le préparateur du bateau, a organisé le transfert du bateau depuis l'Aber Wrach jusqu'à Nice. Cette aide m'a permis de prendre quelques jours de vacances en famille, sans oublier de travailler ma condition physique par quelques séances de natation et de vélo.
5) Quel est l'état physique de tes proches concurrents ?
J'ai rencontré quelques coureurs pendant cette période d'inter-courses, beaucoup gardent quelques séquelles physiques de la dernière Solitaire du Figaro.
6) Le départ de Cap Istanbul 2008 se fera de Nice, ville dans laquelle KONÉ possède son siège social depuis trois ans. Tu te dois donc de faire une "perf" lors du prologue et du départ, les 13 et 14 septembre prochains !
Le partenariat avec KONÉ est inscrit dans la durée, c'est ce qui fait la force d'un tel projet : j'en veux pour preuve l'implication sans cesse croissante des équipes KONÉ, qui, au fil des années, sont devenues mes premiers supporters. Les équipes KONÉ de la région Ouest ont répondu présent en nombre sur la Solitaire du Figaro malgré les vacances. J'imagine déjà la réponse des sudistes !La progression est sportive mais elle est aussi très importante en terme de communication ! De belles choses ont été faites, nous avons fait des envieux auprès des sponsors des autres coureurs de la Solitaire du Figaro.
Faire de Nice la ville de départ de cette course : quel cadeau de la part des organisateurs ! On peut dire que cette course m'appartient ; ce sera à moi de le prouver sur l'eau… et ce, dès le prologue !
Bon vent, Nicolas !
Je suis content, je reste invaincu dans la Baie des Anges, plaisantait Nicolas Bérenger, ce 14 septembre, après avoir remporté le Prologue de la Cap Istanbul en solitaire... Invaincu depuis 21 ans : la dernière fois, c'était une régate en Optimist !
1/ Comment s'est déroulé ce prologue ?
Ce Prologue s'est bien passé. Au départ, je comptais aller vers la droite du plan d'eau mais c'est l'option qu'avait choisi presque tous les concurrents. J'ai donc joué une autre carte. Ensuite, j'ai fait mon "méditérranéen" de base : je suis allé cherché risé par risé en essayant de me rapprocher le plus vite possible du but. J'ai appliqué cette stratégie tout le long de la course.J'ai réussi à passer Fred Duthil à la première bouée, en me décalant légérement, j'ai pris un peu plus de vent. A l'envoi du spi, j'ai été plus rapide, ce qui m'a permis de prendre plus de vent et de me détacher.
2/ C'est presque une victoire à domicile.
Cela me fait plaisir de gagner ce Prologue pas très loin de chez moi et dans la ville où KONÉ possède son siège social. C'est aussi une belle récompense pour tous les gens qui me suivent et me soutiennent. Je pense en particulier aux équipes de KONE qui sont venus me voir et m'encourager sur le village-départ et aussi aux enfants de l'école des Magnolias à Nice.
3/ Une école qui va te suivre durant toute la course, c'est bien çà ?
Avec KONÉ, nous avions envie de faire partager à des enfants cette formidable aventure qu'est le course au large en solitaire. A l’occasion de Cap Istanbul, cette occasion s'est présentée avec l’Ecole Primaire des Magnolias et sa directrice Chantal Hazan. Je suis allé rencontrer les enfants en classe et eux sont venus sur le port de NIce pour découvrir le bateau.Les maitresses ont développé un programme pédagogique et des activités ludo-éducatives autour du bateau et de la Cap Istanbul. Je ferais aussi des vacations radio pendant l’épreuve avec l'école.
De Nice à Cagliari
De Nice
Une première étape technique où il faudra s'extirper de la baie des Anges au plus vite pour retrouver les vents du large. Cap ensuite le long des côtes de Corse puis de Sardaigne : faudra-t-il chercher des effets de brise le long de la côte ou bien jouer une option plus au large ? Restera ensuite à négocier l'entrée en baie de Cagliari : théâtre de bien des batailles navales au cours des siècles, elle pourrait être le théâtre d'un final à rebondissements.
Dimanche 14 septembre, 12 h : départ de Cap Istanbul 2008
Les conditions sont idéales pour le départ : beau temps et vent de sud à sud-est de 10 à 12 noeuds. Bon départ de la flotte groupée qui monte vers une marque au vent, puis viendra virer une marque devant le port de Nice avant de prendre le large. Nicolas Bérenger est cinquième à la première bouée de dégagement.
Lundi 15 septembre : au reveil, après une première nuit en mer.
Après un départ bien tordu, les choses auraient pu s'arranger mais non elles ont continué dans la même voie !Nous sommes à la hauteur de Porto et le dernier coup de théâtre vient à peine d'avoir lieu: le petit Gabart fêtait tranquillement la St François quand le vent bascula et des 2 milles d'avance qu'il avait sur ce sacré Pappy Boington il y a 20 minutes, il ne reste rien ! Et même pire, nous voyons ses feux rouges et verts ce qui signifie qu'il est derrière dans l'axe à 1/2 mille... C'est JP du Prado et Marco de l'Estaque plage qui se sont gavés comme on dit à Marseille ! De derrière moi ils sont allés se mettre devant !!! Allez restons philosophe: je n'ai pas dormi cette nuit et je suis sûr que les marseillais se sont lâchés sur ce sujet (la terre a tremblé et ils n'étaient pas rapide pendant un moment).La dernière question 'est où sont les Bretons ? Collés sous Camarat ou à bloc sous spi devant la Sardaigne?Allez bon lundi matin à tous!
En milieu d'après midi, la situation a encore bien évolué : Le vent est rentré fort. On a du affaler le petit spi pour passer la pointe de Porto Torres. Mais on va vite, entre 10 et 18 nouds. Avec Marci (Emig), on a réussi à larguer un peu nos poursuivants. Drouglazet est passé par l'Ouest : ça veut dire que les autres aussi vont passer. Ils doivent encore être sous spi alors que nous, sous le vent, on a un moins bon angle.
Mardi 16 septembre, Cagliari est en vue
DEUXIEME PLACE POUR NICOLAS BERENGER
9h08 : Nicolas Bérenger et KONE Elevators prennent la deuxième place de l'étape à 9h 08' 43'' derrière Eric Drouglazet.
Interview de Nicolas Bérenger, juste après son arrivée :
1) Tu poses le pied à terre, tu amarres KONE Elevators, à quoi penses-tu spontanément ?
Satisfaction! C'est le mot qui me vient en tête parce que j'ai fait du bon boulot, je n'ai rien à me reprocher sur cette étape et pour moi c'est rare ! Alors je suis simplement soulagé, satisfait et fatigué.
2) Le vainqueur de l'étape était-il là pour t'accueillir ? Que vous êtes vous dit ?
Eric était encore sur le ponton, il m'a dit qu'il nous avait collé un caramel, je lui ai simplement répondu que le caramel fondait souvent au soleil... Petite blague entres amis! Il était content de lui mais je tenais à lui rappeler que je suis hyper motivé et que rien n'est fait ! La compétition est lancée !
3) Je suis sur que tu as appelé ta femme en premier, vrai ?
Exact ! Mes premières préoccupations vont spontanément à ma famille : ma femme et mes 2 enfants dont Elliott qui veut absolument que son papa gagne la course. Mais juste après j'ai appelé les gens de l'équipe qui restent à terre. C'est important et très agréable de partager ces moments de bonheur avec les autres.
4) Revenons sur la course, ça nous a semblé un sprint entre Nice et Cagliari, une très belle moyenne !
Oui, une très grosse moyenne même si les 20 premières heures ont été lentes. Il faut dire qu'on a été à l'attaque comme rarement: sous spi dans 30 nœuds de mistral avec une houle particulièrement forte, des surfs à 20 nœuds tout en longueur... C'était de la grande Méditerranée !!!
5) Sur les sites www.kone.com et www.capistabul.com , Il y a des photos extraordinaires de toi et le bateau sous spi, ça planait fort. Le bateau n'a-t-il pas souffert ?
Il fallait avoir le cœur gros pour attaquer, je me suis fait mal parce que je voulais absolument être devant alors le bonhomme et le bateau ont souffert, j'avais le halebas de grand voile dans une main, la barre dans l'autre et je me battais pour faire démarrer le bateau sur chaque vague ! J'étais comme un gamin : au taquet du matin au soir ! Quand on a tourné à gauche au sud de la Sardaigne, les choses se sont calmées et ça a fait du bien de remettre le bateau à plat, se changer, manger... Je n'ai rien cassé sur le bateau et je me suis dit que le démâtage de la semaine dernière était une très bonne chose car sinon le mât serait tombé pendant cette étape.
6) On te sent plutôt fort avec des vents forts, c'est dû à tes nombreuses heures de navigation cette année ou c'est la base pour naviguer en Figaro solo ?
Effectivement, le vent fort sous spi est ma spécialité. C'est dû à mes années de navigations en dériveur pour le touché de barre, la pratique de la planche à voile pour la maîtrise des vagues et le placement dans la houle et de longues heures en Figaro dans toutes les conditions pour la maîtrise et la connaissance du bateau.
7) Au départ, il y avait 2 options vers l'est et vers l'ouest ; finalement, la majorité a pris l'option route direct ?
En Méditerranée, il faut souvent rester proche de la route directe, tu prends de gros risques quand tu t'éloignes dans des options. C'est tellement aléatoire que dès que tu peux avancer vers le but, il faut le faire. C'est ma philosophie et ça semble payer.
8) 1h 30 te sépare du vainqueur de l'étape, est ce surmontable pour atteindre la plus haute marche du podium ?
1h30 c'est rien et c'est beaucoup à la fois. C'est exactement le temps que je lui ais mis sur la 1ère étape du Figaro cet été. En Méditerranée, tout est jouable, je me dis qu'il est à portée de tir même si je préfèrerais être dans sa situation. Mais la pression est sur ses épaules maintenant !
9) Parlons classement du Championnat de France de course au large en solitaire, tu as pris un peu d'avance sur tes concurrents directs ?
Le Championnat se joue sur le classement général de la course, attendons la fin de la course pour y penser. Je dois surtout bien naviguer sur chacune des étapes et après on verra !
10) Jimmy, ton préparateur a-t-il sauté de joie à ton arrivée ? Y a-t-il du boulot à faire sur le bateau ?
Jimmy est sobre, il sait que cette perf est aussi la sienne, on s'est dit bravo mutuellement. Le bateau était particulièrement sale mais rien n'était cassé, il est déjà prêt à repartir !
11) On va t'écouter jeudi avec les enfants de l'école des Magnolias à Nice ; ils vont se régaler tout comme tous tes supporters "bleus KONÉ de nice ", ça te fais chaud au cœur j'espère ?
Les enfants qui hurlent dans le téléphone c'est incroyable ! Tu ne sais pas si c'est le satellite qui est train de tomber ou si le bateau va exploser, c'est fou ! Quand j'ai raccroché, je me suis dit "t'es obligé d'attaquer, il faut leur montrer que dans la vie il faut se battre et que le travail paye". Du coup j'étais hyper motivé et j'ai déposé en vitesse pure tous les bateaux autour de moi. J'espère qu'ils profitent de cette aventure comme moi et qu'ils auront le goût de la mer !
De Cagliari à Marzameni
De Cagliari
Sous le vent de la côte de Sicile, Marzameni ne se laisse pas approcher facilement. Vents faibles, courants importants dans le Détroit de Messine, il est dit que la remontée le long de la côte orientale de l’île italienne risque de mettre les nerfs des navigateurs à rude épreuve.
1) Dès ton arrivée, tu as appelé Pascal Lancelot, Directeur de KONÉ, pour lui dire "Je suis en tête de 29 secondes !" Encore 3 étapes, il faut que tu tiennes !
C’est clair que rien n'est fait mais c'est bien d'avoir remis les compteurs à zéro. Je préfère avoir 29 secondes d'avance que 1h 30 de retard !
2) Quelle va être ta tactique pour la 3e étape : le contrôle ? La vitesse ? Les choix météo à risque ?
Je reste sur la même ligne: je ne prendrais pas de risques, je ne contrôle pas trop... Il va falloir naviguer propre et aller vite, ne pas se perdre dans des options hasardeuses... Bien sûr, je vais regarder ce que font les autres mais c'est tout ! Je dois rester dans la même logique : je fais ce que je sais faire, je vais là où je pense que c'est le mieux et surtout je vais vite !
3) On a l’impression que tu la veux cette course, que tu souhaite plus que tout signer un doublé, en solo cette fois-ci ?
Ce qui fait la différence avec certains skippers c'est ma motivation pour gagner cette course. Certains vivent ça comme une belle course de fin de saison et ne sont pas à fond tout le temps. Pour moi, c'est la course que je dois gagner cette année. Je la veux parce qu'à Nice beaucoup de gens sont venus, parce qu'à Istanbul l'accueil de KONE Turquie s'annonce au moins aussi fort que l'an dernier. Et puis, j'ai envie de gagner des courses en solitaire, ça me manque ! En fait j'ai très faim !
4) Durant cette seconde étape, un skipper est tombé de son bateau. De ton coté, t’attaches-tu comme en voiture avec une ceinture de sécurité ?
Ca rentre petit à petit dans ma tête: il faut s'attacher. Je me force de plus en plus à le faire mais ça reste une vraie contrainte pour moi. Il faut s'imaginer qu'on n'est pas assis tout le temps comme en voiture mais il faut bouger et être accroché représente un frein. L'aventure de la semaine dernière nous a tous rappelé à cette dure réalité de notre sport et de notre environnement. Alors, quand je suis reparti sur l'étape, j'ai enfilé mon gilet de sauvetage et l'ai gardé quasiment toute l'étape.
5) As tu redoublé de prudence après cette histoire ?
Cette histoire nous a tous touchés. Oui, effectivement, j'ai augmenté mon niveau de vigilance en termes de sécurité.
6) Ca fait quoi de retourner au port pour repartir plus tard ?
C'est un mélange de sentiments étranges : un peu de satisfaction, de soulagement, d'incompréhension, de déception aussi... Mais je me suis vite reconcentré sur la course pour ne pas me disperser : ça reste ma priorité !
7) Qui sont tes concurrents les plus directs aujourd hui ?
Tout le monde reste dangereux ! On vient de le voir il suffit de quelques miles pour faire de gros écarts. Il reste encore 1000 miles avec beaucoup de dangers sur la route. Pour l'instant j'essaye de ne pas trop regarder le classement et je me concentre sur chaque étape, chaque passage clef, chaque portion de parcours. Il faut encore attendre pour connaître le dénouement de cette histoire.
8) Tous tes supporters de KONE et les enfants de l’école des Magnolia à Nice sont ravis. As-tu retourner les voir ?
Je suis obligé de retourner les voir après la course, on va organiser tout ça une fois que la course sera terminée. Il y a tellement de gens qui sont à fond derrière moi que je me ferais un plaisir de retourner les voir à Nice au plus vite ! Ils font tous partie de l'aventure.
9) On dit toujours qu’un marin reste humble envers les éléments et la course. Est ce pour te mettre la pression que tu parles de victoire ou est ce vraiment une conviction incroyable que tu sens monter en toi ?
J'ai pour habitude d'exprimer mes sentiments et je veux gagner cette course, attention je n'ai pas dit que je vais la gagner, je la veux c'est tout ! On verra si elle fini par s'offrir à moi. Je ne peux pas croire les compétiteurs qui disent qu'ils sont là pour bien faire mais sans penser à la victoire. C'est pour ça qu'on fait de la compétition: pour gagner, il faut être honnête, ce n’est pas de la frime. Vous avez déjà vu un boxeur monter sur le ring en disant qu'il était juste là pour boxer et prendre du plaisir ? Non il est là pour battre l'autre, c'est tout !
10) Donnes nous un peu ton analyse pour la 3e étape : les vents, leur direction, la distance à parcourir...
Voila une étape déterminante à mon avis. La plus longue de la course : 550 milles, la plus offshore avec 450 milles d'une île à l'autre. Ce sera très ouvert avec probablement des vents de Nord dominants, il va falloir être très rapide tout le temps. La fin, le long des côtes de la Crête, pourrait être particulièrement dangereuse et difficile tactiquement à cause du très haut relief de cette île où, parait-il, on peut skier en hiver...
De Marzameni à Aghios Nikolaos
De Marzameni
Cap sur la haute mer pour cette étape qui permettra de rallier la capitale de la Crète. Un parcours peut-être plus classique pour les habitués du circuit Figaro qui vont retrouver un terrain de jeu plus ouvert et des grands espaces. Une étape qui peut avoir des incidences fortes sur le classement. Chacun rêvera de pouvoir être le premier à danser le sirtaki sur les traces de Zorba le Grec en abordant la ville d’Agios Nikolaos, un port enchâssé dans les montagnes.
Nicolas Bérenger en tête du classement général provisoire !
1) Bravo, tu as fait une course impeccable sur cette étape. Tu as 2h13mn d'avance sur le second François Gabart sur "Région Bretagne". Tu dors mieux ?
Je dormais déjà bien avant ça ! Mais c'est vrai que je suis encore plus détendu. J'ai la même avance que l'an dernier au même moment, ça aide ! Je suis serein, j'ai le droit de faire une erreur sur les étapes suivantes alors ça déstresse.
2) C était impressionnant cette configuration avec tous les bateaux sur pratiquement une seule ligne du Nord au Sud. C est dû aux divergences d’estimation météo ?
La météo en Méditerranée est très délicate à prévoir, il s'agit plus de sentir les choses que d'appliquer des théories savantes. J'ai la chance d'avoir été élevé avec cette logique de sensation, d'observation et de compréhension de la mer. Certains ont des démarches plus scientifiques qui fonctionnent très bien en Atlantique. Alors avec une même observation, plusieurs écoles s'affrontent et les choix divergent. Ce qui est intéressant c'est que nous travaillons à plusieurs avec un même routeur (en moyenne 5 coureurs ont le même prévisionniste) mais nous ne faisons pas le même choix ! Ce qui prouve bien que seul le marin décide de sa route et pas un météorologue à terre ! Mais c'est une situation que nous retrouvons finalement sur beaucoup de course au large comme la dernière transat Ag2r par exemple, c'est un format très offshore !
3) Est ce que la fatigue se fait ressentir ? Qu’est ce qui souffre le plus physiquement : les jambes, le bras, le dos ?
J'étais particulièrement épuisé après la 3e étape, je ne tenais plus debout en arrivant sur le quai, il m'a fallu quelques minutes pour atterrir. Après quelques gros repas, des siestes et de grosses nuits de sommeil, les batteries sont rechargées. Mais on a souffert ! Il n'y a pas une partie du corps qui souffre particulièrement mais c'est l'ensemble : c'est une fatigue généralisée qui s'est installée. Je ne fais pas de kiné mais je fais des séances d'étirement dans ma chambre. Surtout j'essaye de bien manger !
4) Lors de la cérémonie a Nice, on sentait les skippers prêts à la plaisanterie à ton égard (Cf. Fred Duthill). Ils sont comment maintenant ?
Le ton a changé ! C’est moins drôle maintenant pour eux, ils n'imaginaient pas ça au départ. On ressent quelques tensions mais on est tous potes alors je fais attention à ce que je leur dis et je fais en sorte de détendre les situations. C'est clair que certains sont plus amers aujourd'hui. Ca ne nous empêche pas de diner ensemble. Hier on est allé se faire une balade en scooter dans l'île avec Thierry Chabagny, Erwan Tabarly et Gildas Morvan... On reste copains avant tout !
5) Ton ami et partenaire de l’année dernière, Thierry Chabagny, n’a pas tari d’éloges à ton sujet sur son Press News Suzuki, tu le savais ?
Je ne savais pas mais qu'il soit rassuré j'en fais de même pour lui ! J'étais super content de le voir devant moi sur la fin de l'étape, il méritait de gagner ! J'ai failli le passer vers la fin mais il a réussi à s’échapper avant la ligne d'arrivée. C'est un gars qui mérite de gagner des courses, il n'est pas particulièrement chanceux. Je trouvais ça super qu'on arrive ensemble à l'étape, j'aime beaucoup Thierry, il est discret mais c'est un marin très efficace !
6) Tu sais que l’on t’a vu marcher sur l’eau à la télévision sur Stade 2 ?
Super ! Il ne faut pas que les gens sachent trop que je traîne mon bateau à pied quand il n'y a pas de vent ! C’est mon secret !
7) Et les écoles doivent être ravies. Qu’est ce que tu vas leur dire vendredi prochain ?
C’est super d'avoir ces enfants derrière moi! ca me force à me bouger encore plus, c'est vraiment une motivation supplémentaire ! Je ne sais pas encore ce que je leur dirais vendredi, de toutes façons ils auront encore des tas de questions, ils sont tellement curieux !!!
8) Voila 4 ans que tu gravis les étages des résultats avec KONE, 4 ans que tu as du matériel au point, 4 ans que tu es chouchouté. Ca doit aider ?
C’est la preuve que les partenariats gagnants sont ceux qui durent ! Tout le monde progresse et le partenariat prend une dimension supérieure, c'est valorisant pour tout le monde !
9) Normalement, tu devrais rentrer dans le top 5 du Championnat de France de Course au Large en Solitaire ?
C'est un de mes objectifs ! Je suis virtuellement second du championnat et la victoire reste envisageable mais pour ça je n'ai pas les cartes en main : Gildas Morvan doit faire 9 pour que je gagne, ça ne part pas pour ça !
10) Allez à toi le mot de la fin qui justifie les moyens !
Au taquet ! Il faut attaquer jusqu'au bout !
De Aghios Nikolaos à Bozcaada
De Aghios Nikolaos
Même si elle n'est située qu'à quelques milles du site de Troie, l'île de Bozcaada (5000 habitants) est un havre de paix encore protégé des assauts de la civilisation. Pour conquérir son cœur, il aura fallu auparavant se déjouer des pièges de la Mer Egée entre les dévents des îles, le trafic maritime intense entre les îles et les caprices du vent.
Erwan Tabarly sur Athema remporte la 4e étape avec 1 minute et 3 secondes d'avance sur Gildas Morvan
Le 6 octobre, à 5h31'27'', Erwan Tabarly a franchi victorieux la ligne de cette étape entre Aghios Nikolaos en Crète et Bozcaada en Turquie. Il a parcouru les 282 milles du parcours en 1 jour 13 heures 31 minutes et 27 secondes à la vitesse moyenne de 7,51 noeuds.A bord de Cercle Vert, Gildas Morvan, alias le Géant Vert, talonne son camarade puisqu'il est arrivé 1 minute et 3 secondes plus tard à 5h 32' 30''. Son temps de course est de 1 jour 13 heures 32 minutes et 30 secondes. Sa vitesse moyenne est de 7,50 noeuds.
Nicolas Bérenger reste en tête du classement général provisoire avec près de 51 minutes d'avnce sur Gildas Morvan.
De Gallipoli
La navigation à voile étant interdite dans le détroit des Dardanelles. C'est à Gallipoli qui marque l'entrée nord du détroit qu'a été donné le départ de la dernière étape de Cap Istanbul. Une étape courte, nerveuse, qui a servi de dernier juge de paix entre les différents candidats à la victoire finale. Un final en forme d'apothéose au cœur de la ville symbole du trait d'union entre Orient et Occident.
VICTOIRE FINALE DE NICOLAS BERENGER SUR KONE ELEVATORS
Thierry Chabagny a franchi en tête la ligne d’arrivée de la cinquième et dernière étape de la Cap Istanbul.
Vainqueur de l'édition 2007 au côté de... Thierry Chabagny, Nicolas Bérenger sur KONE Elevators est le grand vainqueur de cette troisième édition de la Cap Istanbul, la première disputée en solitaire.
A la lutte avec le skipper de KONE Elevators pour la première place, Gildas Morvan (Cercle Vert) termine à la deuxième place au classsement général de cette Cap Istanbul et s’adjuge le titre de Champion de France de course au large en solitaire.