Pour cette 39e édition, les concurrents navigueront dans le sillage de la «course de l’Aurore», en prenant le départ de trois étapes. Devant leurs étraves, 1 880 milles nautiques à parcourir, une distance record !
L'avis de Nicolas Bérenger sur les étapes de la Solitaire 2008 : « Lourd », c’est le terme qui me vient : 2008 c’est du lourd ! La 1ère étape va être stratégique, la 2ème sera incroyablement dangereuse avec les forts courants de la Manche, la 3ème va révéler les réelles capacités techniques, physiques et mentales des marins avec ses 875 milles de course côtière qui ne laissera pas de répit aux skippers.
Du 19 juillet au 17 août 2008 se jouera sur l’eau l’un des évènements nautique phare de l’été, et nombreux sont les figaristes espérant inscrire leur nom au palmarès de La Solitaire du Figaro. Navigateurs connus ou moins connus, professionnels ou amateurs, confirmés ou bizuths…
Des navigateurs de tous horizons
Comme tous les ans, La Solitaire réunira l’une des flottes les plus importantes de monotypes. Parmi les skippers ayant annoncé leur intention de participer à cette édition 2008, nous retrouvons les ténors et fidèles du circuit Figaro Bénéteau mais également de jeunes talents qui prendront le départ pour la première fois.
Ils reviennent … après quelques années d’absence, tels que Alain Gautier, qui cherchera à ravir une nouvelle fois le titre de vainqueur, Erwan Tabarly qui revient sous de nouvelles couleurs, Ronan Guérin, Antoine Koch et Sébastien Audigane, qui navigue actuellement sur Groupama 3 dans la tentative de Trophée Jules Verne.
Les irréductibles… tels que Jean-Paul Mouren (22ème participation), Gildas Morvan, Nicolas Troussel (vainqueur de l’édition 2006), Eric Drouglazet (vainqueur de l’édition 2001), Thierry Chabagny, Jeanne Grégoire, Nicolas Bérenger et bien d’autres vont se battre comme des acharnés pour les meilleures places.
Il faudra forcément compter sur les jeunes fougueux tels que Frédéric Duthil, Gildas Mahé, Thomas Rouxel, Nicolas Lunven (vainqueur du classement bizuth 2007), Christopher Pratt (vainqueur du classement bizuth 2006) qui mettent en danger les irréductibles des avant-postes.
La Solitaire 2008 aura le plaisir d’accueillir 8 étrangers : Antonio-Pedro Da Cruz (Cap Vert), Pietro D’Ali (Italie), Andy Grenwood (Grande-Bretagne), Isabelle Joschke (Franco-Allemande), Nigel King (GB), Juan Merediz (Espagne), Paul O’Rian (Irlande), Liz Wardley (Papouasie – Nouvelle Guinée).
Les skippers s’élanceront ainsi le 25 juillet de La Rochelle avec un seul et même but : remporter La Solitaire du Figaro 2008. Et pour franchir la ligne d’arrivée en vainqueur en Bretagne à l’Aber Wrac’h, ils devront exceller en tactique, stratégie, analyse météo mais aussi en régate au contact. Les 1 880 milles nautiques mèneront les skippers de la Manche au golfe de Gascogne en passant par l’Atlantique, la mer Celtique et la mer d’Irlande.
Pas de round d’observation pour Nicolas Bérenger. En terminant deuxième du prologue de cette 39e édition de la Solitaire du Figaro, le skipper de KONE Ascenseurs a voulu tout de suite montrer qu’il faudrait compter plus que jamais sur lui, après sa 11e place acquise l’année dernière. En tête pendant plus de la moitié du parcours, Nicolas s’est fait doubler par le « géant vert », alias Gildas Morvan. Peut-être cela vaut-il mieux ?
38 ans que cela dure, 38 ans que le vainqueur du prologue aspire à monter sur la plus haute marche du podium. Depuis six ans qu’il est sur le circuit, dont les deux dernières années déjà à la barre de KONE Ascenseurs, Nicolas ne pouvait ignorer cet état de fait : «Deuxième, c’est la meilleure place et cela m’arrange que Gildas soit passé naturellement car cela m’aurait embêté de gagner. Je ne suis pas superstitieux mais plutôt mathématicien. Les statistiques parlent d’elles-mêmes . C’était une superbe petite régate, je suis en forme, le bateau va bien, j’ai été bien inspiré sur le premier près et le bord de reaching était vraiment sympa. Sous le soleil dans le Perthuis de La Rochelle, c’était assez merveilleux. Même si ça comptait pour du beurre aujourd’hui, c’est toujours bien d’être devant, c’est bon pour le moral avant le départ de vendredi. ».
2h30 de régate sous ciel bleu et grand soleil, avec un bon flux de sud-est qui a soufflé jusqu’à 22 nœuds au moment du départ, le pertuis Rochelais avait revêtu ses plus beaux atours en cette journée de mercredi. Pour le départ vendredi prochain, 13 heures, de la première étape, cap sur Vigo, il en sera sans doute autrement : «Cela risque d’être différent, mais la météo évolue de jour en jour. Là, je profite du moment présent. La journée a été splendide, mes sponsors étaient sur l’eau, il y avait également beaucoup de monde autour de nous, que demander de plus ».
Le parcours
Le 25 juillet, jour du grand départ, la course s’élancera vers le port de Vigo en Espagne avec au programme une traversée du golfe de Gascogne, le passage du cap Finisterre, soit un total de 465 milles.
Cette étape est une classique de La Solitaire du Figaro avec une traversée du golfe de Gascogne qui réservera sûrement de nombreuses surprises dans sa dernière partie.
Le passage du cap Finisterre peut s’avérer délicat si le vent d’ouest domine. Au Sud du cap Finisterre, il faudra plonger directement au Sud pour aller chercher les îles Cies avant d’entrer dans la baie de Vigo. Dans le cas d’un vent dominant nord-est à est, les figaristes devront se méfier des calmes sous le relief de la côte galicienne. A cette époque de l’année, on peut trouver de larges bancs de brume sur les îles Cies.Cela peut rendre délicate l’approche de la baie de Vigo.
Nicolas Bérenger : « du stress positif »
Nicolas et son bateau sont fin prêts pour le départ : « Forcément, le matin du départ d’un Figaro, on est un peu tendu. Je me suis réveillé avec le ventre noué, c’est normal et c’est bien. Ca m’oblige à me concentrer, à être bien dans le truc. C’est du stress positif si on peut dire. Je suis prêt, j’ai bien regardé la météo. Tout va bien. Quant à la course, l’avantage est qu’on va arriver à faire la route directe, on ne va pas tirer tant de bords que ça. Trois jours de mer pour 470 milles, c’est une durée assez normale pour un mois d’août. »
Vendredi 25 juillet : en rade de vent !
Les skippers n’avaient que ce mot là à la bouche : mou, mou. Presque normal donc que le vent soit alors en rade en rade de La Rochelle sur les coups de 13 heures. Départ retardé, voiles pendantes, grisaille, heureusement que le souvenir d’un prologue radieux était encore dans toutes les mémoires, histoire de faire passer la pilule. A 14h19, les 50 concurrents sont en fin partis, mais à une allure fort proche de celle de l’escargot. KONE Ascenseurs n’échappait pas à la règle.
Une heure pour parcourir deux milles marins. Pas besoin d’être grand mathématicien pour comprendre que cette 39e édition s’est offert un départ tout en lenteur. Parfait pour permettre aux nombreux spectateurs sur l’eau de comprendre ce que vont subir, lors des prochaines 48 heures, les concurrents ! Car c’est bien du vent faible, voir plus que faible qui est prévu tout au long de cette traversée du golfe de Gascogne, même si cette nuit s’annonce un peu plus venté avec le passage d’un flux éphémère de sud-ouest.
Nicolas le méditerranéen, auteur d’un départ dans le gros du peloton, est plutôt un habitué de ces conditions tordues. Quelle sauce va t-il nous cuisiner cette nuit ? Premier test de saveurs demain matin, avec le classement de 8h30.
Samedi 26 juillet : serait-ce l’été ?
Le golfe de Gascogne est lisse comme un lac, il ressemble fort à son homologue en Méditerranée qui n’a de Lion que le nom en plein été. Et si la mâtinée était un peu fraîche pour un habitué de la côte d’azur, depuis midi, cela cogne dur sur le plan d’eau alors que La Rochelle n’est qu’à une soixante de milles. La faute à pas de vent bien sûr. Tous les ventilos sont en grève et si départ il devait avoir lieu aujourd’hui, il serait comme hier reporté. Au classement de 16h30, KONE Ascenseurs était calé en 8e position.
Pendant une petite heure, peu après le lever du jour, l’anémomètre a réussi à dépasser les dix nœuds, mais la moyenne doit se situer bien en dessous de cinq après ces 24 premières heures de course. Quant à la direction du vent, le tour du cadran n’a pas encore été complètement effectué, mais presque. Autant dire que de sommeil il y en a eu peu puisqu’il faut surveiller la moindre risée, aller la chercher, l’exploiter pour avancer coûte que coûte vers le but. Avec à la clef bien évidemment beaucoup de manœuvres, un virement de bord ou un empannage au choix selon que l’on soit sous spi ou génois. Ces deux voiles se disputent sans cesse sur la plage avant, pas sûr qu’il y est un gagnant pour l’instant. Elles ont pour seules point commun d’être plus souvent pendantes que joliment bombées…
Comme il n’y a aucun gradient actuellement sur le golfe de Gascogne, cette situation a de forte chance de perdurer lors des prochaines 24 heures. Pour Nicolas Bérenger, partisan de la route directe, avec juste un très léger décalage nord, cette deuxième nuit en mer sera longue. Je répète : la nuit en mer sera longue !
Dimanche 27 juillet : ça rigole !
Savoir rire d’un rien alors que la situation ferait s’arracher les cheveux à n’importe quel plaisancier privé de moteur, voilà la philosophie adoptée par Nicolas Bérenger. Tee-shirt KONÉ noué sur la tête pour se protéger du soleil grimpant dans un ciel limpide, Nicolas glisse à 2/3 nœuds sur mer limpide à l’heure de l’apéro dominical.
Trois spis guident sa trajectoire, ceux de Jeanne Grégoire, d’Erwan Tabarly, De Christopher Pratt. Derrière, un petit point à l’horizon, un autre adversaire, bien trop loin pour être identifié même au jumelle. Voilà tout ce que peut voir Nicolas Berenger lorsque le catamaran de la direction de course passe sous son vent, à quelques mètres de lui. « On n’est pas arrivé, mais ce n’est pas mal pour l’instant, il pourrait pleuvoir de la m…. ». Rires…
En bâbord amure, le skipper de KONE Ascenseurs s’applique à remplir son spi, essayant au mieux de capter les 2 à 3 nœuds de vent de secteur est qui parcourent le plan d’eau. Secteur est ? tiens la météo ne prévoie pas du tout cela, comme c’est bizarre… « Il y a du jeu et quand il y a du jeu, il y a de la vie. La route est encore longue ». Cette dernière phrase est là phrase culte des marins, passe-partout, parfaite pour faire croire encore à l’espoir alors que tout est joué, parfaite également lorsque rien n’est joué, même si le premier caracole 13 milles devant. « Nicolas Troussel a empanné hier soir le premier. Il a été très bon. Mais en dessous de 4 nœuds de vent, j’ai du mal en vitesse. Hier, quand le vent est revenu un peu plus fort, j’avais bien recollé ».
Ne pas se mettre martel en tête alors qu’on est bien calé dans les 10 premiers. La soupe à la grimace, c’est pour d’autres, des favoris, déjà relégués loin derrière. Nicolas connaît leurs noms et comme devant, en raison de l’arrivée un jour ou l’autre d’une petite dépression le vent va bien finir pas grimper, tout va pour le mieux. Alors, comme le dit Nicolas, « ce n’est pas mal pour l’instant » !
Lundi 28 juillet : Compte à rebours
A 15h50’et 46’’, le chrono s’est déclenché pour Nicolas Bérenger puisque c’est à cette heure que le premier – un autre Nicolas, tiens, tiens – a franchi la ligne d’arrivée de la première étape. Une chose est d’ores et déjà certaine : l’addition sera salée pour tout le monde. Mais le skipper de KONE Ascenseurs est de ceux qui vont sauver « les meubles ». Il est attendu vers 19 heures sur la ligne, alors que nombre de favoris ne franchiront pas celles-ci avant minuit.
C’était l’étape la plus courte de cette édition, elle a été plus courte encore en raison de la réduction du parcours, mais cette première étape fait mal. Nicolas Troussel le vainqueur est un habitué de ces hold-up. Il avait déjà mis une fois auparavant plus de 4 heures au troisième et plus de 10 heures sur le gros de la troupe, empochant du coup le titre 2006. C’était grâce à une option osée, loin de la meute. Là, tout c’est joué apparemment dans la nuit de samedi à dimanche. KONE Ascenseurs était dans son sillage, non loin de lui et Nicolas se souvient bien de ce qui s’est passé. « Il a empanné le premier vers le sud. Il a joué un bon coup… ».
Comme quoi tout cela tient à fort peu de choses même si des bons coups, il y en a eu d’autres pour lui, évidemment. Le regret de Nicolas aura été de se voir « collé » en dessous de 4 nœuds de vent, soit les conditions qui ont fait du leader aujourd’hui un chef de file envié. Nul doute que Nicolas doit cogiter déjà pour trouver un remède à cet état de fait. Pour l’instant, le skipper de KONE Ascenseurs bataille face à un vent d’ouest sud-ouest de 25 à 30 nœuds pour boucler dans les meilleurs délais cette étape couperet.
Mardi 29 juillet : Changement de donne.
9ème place pour Kone Ascenseurs à l’issue de cette première manche. Nicolas Bérenger, en franchissant la ligne hier soir à 23h41’ et 46’’, a montré une nouvelle fois qu’il est plus que dans le coup dans cette édition 2008. Néanmoins, comme ses adversaires, il n’a pu contrer l’échappée belle de Nicolas Troussel.
« Je ne suis pas très loin de la fin de la foire, attention, j’arrive ». A sa manière et comme il se doit, Nicolas Bérenger s’annonce au comité de course juste avant son arrivée. Minuit n’a pas encore sonné et KONE Ascenseurs s’apprête à prendre la 7ème place de cette première manche. Finalement deux bateaux passeront devant lui, explications « A 300 mètres de la ligne, je me suis pris un filet, en plein sur la trajectoire. J’ai perdu deux places, du temps, le truc le plus énervant qui puisse t’arriver quand tu as passé quatre jours et quatre nuits à te battre pour gagner mètre après mètre. C’est très énervant ».
Comme d’habitude, les skippers ont subi une sacré dose de stress pendant les trois jours et quatre nuits passés sur l’eau. La main mise de Nicolas Troussel n’est donc pas facile à gérer pour tout ceux qui, comme KONE Ascenseurs, avait la victoire finale en logique prétention « Ce n’est pas drôle de se dire que le Figaro est un peu foutu pour cette année. J’essaie de ne pas me le dire et de me dire qu’il reste deux grosses étapes avec beaucoup de choses à faire. Il va falloir raisonner comme ça sinon la motivation va être dur à trouver, mais Nicolas Troussel a super bien navigué. Il a été bon, il mérite largement cette victoire. Malgré tout, cela a été une superbe étape, très difficile moralement, très difficile techniquement, je me suis vraiment régalé du début à la fin ».
Dans la nuit noire, après la rapide visite des jaugeurs et d’un technicien qui lui a rempli son réservoir de fuel, Nicolas est reparti si tôt la ligne franchie. Pas question de traîner, Vigo est encore à 120 milles et le départ de la prochaine étape toujours prévue pour la journée de jeudi prochain.
Etape raccourcie
En l’absence totale de vent sur les 100 derniers milles du parcours, la Direction et le Comité de course de la Solitaire du Figaro viennent de décider d’écourter cette première étape, partie vendredi de La Rochelle. L’arrivée sera jugée au cap Ortegal, devant Carino.
Une fois franchie la ligne, les bateaux rallieront au moteur le port de Vigo, d’où partira la deuxième manche à destination de Cherbourg-Octeville.
Les réactions de Nicolas Bérenger suite à la réduction de parcours : «D’après nos cartes météo, à partir de demain il y avait du vent, donc il y avait de quoi aller jusqu’au bout. Mais j’imagine que la direction de course a d’autres infos plus pertinentes que les nôtres. Et ils ont estimé qu’avec le vent qu’il y avait derrière, on irait plus vite au moteur qu’à la voile. De toute façon, on se plie à ça, il n’y a pas de problème. La décision n’a pas du être facile à prendre pour l’organisation. Ce sont les arbitres et ils décident du jeu, donc pas de problème, on ne discute pas. Sur l’eau, ça se passe mieux depuis que le vent est remonté au dessus de 4 nœuds. Je ne sais pas ce que j’ai, mais en dessous de 4 nœuds de vent, je suis collé et au dessus, tout va bien. Je suis au contact avec Jeanne Grégoire qui m’avait pourtant mis un mille ce matin, et j’ai des objectifs précis de gars à doubler. Stratégiquement, ça ne change rien du tout cette réduction. Il y aura du jeu jusqu’au Cap Ortegal. J’espère juste que ce sera du vrai jeu et pas de la foire, parce qu’on connaît les côtes espagnoles. Avec une arrivée de nuit, ça peut être du grand n’importe quoi. Mais on verra…ca va être intéressant ».
Le 1er Août, direction Cherbourg-Octeville pour 590 milles de course effrénée, ponctuée de nombreux passages stratégiques : cap Finisterre à nouveau puis le Raz de Sein, les Iles Anglo-Normandes et enfin le capricieux Raz Blanchard. Le port Bas-Normand, ville de départ en 2006, saura une fois de plus accueillir les marins comme il se doit.
Il s’agit d’une étape de fond avec plusieurs passages à niveau. En tout début de course, il faudra doubler de nouveau le cap Finisterre et traverser le golfe de Gascogne dans sa plus grande largeur jusqu’au Raz de Sein. A la pointe de Bretagne, le terrain de jeu est libre. Certains négocieront par l’extérieur, d’autres préféreront le Raz de Sein. Le passage du chenal du Four sera également libre et laisse trois possibilités :passer très à l’extérieur en laissant l’île d’Ouessant à tribord, passer dans le Fromveur entre Ouessant et Molène ou bien choisir une route à terre en remontant tout le chenal du Four. Aucune marque de la pointe Bretagne ne sera obligatoire.
Des roches de Portsall jusqu’aux abords de l’île d’Aurigny, différentes options seront encore possibles. Certains passeront à l’Est des Iles Anglo-Normandes, d’autres choisiront de passer entre les îles en empruntant des chenaux tel le Petit Russel, d’autres encore prendront des options au large en laissant tout à tribord. Le dernier obstacle n’est pas des moindres, le Raz Blanchard sera l’ultime sanction de cette étape en raison de la force de son courant.
Cette étape s’apparente à un semi-marathon avec de nombreux sauts d’obstacle. Elle se révélera très technique, particulièrement dans sa dernière partie. Il faudra probablement engranger du sommeil dans la remontée du golfe de Gascogne avant de s’attaquer à la pointe de Bretagne. En effet, la route vers Cherbourg-Octeville demandera de la vigilance et de la lucidité. Il y aura peu de place à la récupération.
Vendredi 1er Août : « Il y aura des dégâts »
Moins d’une heure après le départ, le premier pointage officiel établi à 15h30 positionnait Nicolas Bérenger à la 5ème place. Parfait pour attraper au plus vite un vent plus soutenu de secteur sud-ouest qui soufflera de plus en plus fort au fur et à mesure de la progression dans le nord. Car au moment de ce départ retardé, c’était encore ambiance calme plat et c’est sous spi, avec 5 à 8 nœuds de vent, que KONE Ascenseurs glisse ce soir le long des côtes espagnoles.
Après chaque étape, Nicolas passe de longues heures à analyser sa trajectoire, celles de ses adversaires. Voici le verdict de cette analyse sans concession : « Avec Fred Duthil, Erwan Tabarly, Christopher Pratt et Jeanne Grégoire, on s’est tous plus ou moins emmenés dans une option qui s’est révélée être pas bonne. On a perdu une heure sur ceux de devant, les autres derrière sont revenus, c’est le seul problème de cette étape. Sinon je suis super content. Pour le podium il y a du match, pour la victoire il y aura peut-être du match, on verra ça bientôt à Cherbourg. Non, c’est très positif tout ça ».
C’est donc confiant, avec un moral à toute épreuve que Nicolas est parti cet après-midi à 14h45. Devant l’étrave de KONE Ascenseurs, 590 milles à avaler d’ici Cherbourg.
« Pour négocier la première partie de parcours jusqu’au cap Finisterre, j’ai ma petite idée et je pense que ce sera la bonne. Ensuite, pour la traversée du golfe sous spi, dans 20 à 25 nœuds de vent de sud-ouest à ouest, il faudra barrer, barrer parce qu’avec le pilote automatique tu as l’impression d’aller vite mais tu vas moins vite, il n’y a rien à faire. Après, la remontée de la Manche, cela va être énorme. Avec la marée au coefficient de 100, il peut y avoir 12 nœuds de courant au raz Blanchard. Pas besoin de faire de dessin. Depuis le salon nautique, je dis que ce sera l’étape où il y aura le plus de dégâts, donc j’espère que les dégâts seront pour les autres et que pour moi ce sera la fête ».
Et quand on lui pose la traditionnelle question de « quand compte-t-il se reposer sur cette étape ? », le visage de Nicolas s’éclaire : « On dormira quand on sera vieux, non ? ».
Lundi 4 Août: « Pas de vacances à Ouessant».
Finie la course au large, vive la course côtière ! Dès ce soir, KONE Ascenseurs bouclera une traversée du golfe de Gascogne effectuée constamment aux avants-postes. Nicolas Bérenger s’apprête à faire son entrée en Manche où les piéges d’ici l’arrivée seront nombreux; la faute à une marée de coefficient 100. Néanmoins, le vent devrait s’établir au nord-ouest pour une quinzaine de nœuds, ce qui rendra à coup sûr la navigation moins compliquée. En attendant, à la pointe de la Bretagne, c’est brouillard et compagnie…
Les solitaires ont opté pour le chemin le plus court pour aller du cap Finisterre à Ouessant; pas surprenant qu’ils se retrouvent donc sur la route des cargos. Pas de quoi stresser Nicolas Bérenger, même si un concurrent s’est fait aborder dans la nuit, avec à la clé un démâtage et un abandon de l’épreuve. « On a un outil formidable qui s’appelle l’AIS. Il nous donne la position et la trace des cargos sur notre ordinateur. Cela permet d’anticiper leurs trajectoires, de les appeler au besoin pour leur dire attention je suis là ou pour les éviter par toi même. Mais j’étais positionné sous le vent de leurs routes, donc je n’ai pas eu beaucoup de soucis à me faire avec eux. De toutes les façons, quand on est marin, on fait énormément gaffe à tout ce qui se passe autour de nous, on est à l’écoute de notre environnement. Malgré tout, la collision semble malheureusement parfois inévitable ».
Dimanche, à 15 heures, KONE Ascenseurs était encore à 55 milles de l’île d’Ouessant. Vent de sud-ouest 20 nœuds, visibilité inférieur à un mille, KONE Ascenseurs tirait des bords de largue pour tracer la meilleure route possible. « La partie commence à être vraiment intéressante. Jusque-là, c’était du positionnement, on essayait d’aller plus vite que les autres, mais cette nuit s’annonce déterminante. Je n’ai pas encore décidé où je passais parce que le vent varie pas mal et que l’ETA du coup varie pas mal aussi. Du coup, c’est assez difficile de choisir pour le moment ».
Grand animateur des ondes VHF et du canal privatif P4 de la course, Nicolas avait la voix claire, un ton dynamique, preuves incontestables qu’il n’était pas du tout au bout du rouleau, bien au contraire. « J’ai bien géré mon sommeil, j’ai fais pas mal de petites siestes, sans les enchaîner, mais j’ai pas mal dormi quand même. Donc j’arrive avec du crédit de sommeil ».
Au ras du raz
La nuit et la mâtinée n’ont guère été favorables à KONE Ascenseurs. La Manche s’est fait belle mais aussi traîtresse en cette journée de lundi, avec un bleu azur, une mer verte et un joli flux de nord-ouest qui, en variant sans cesse en force et en direction, a parsemé la route d’embûches. Pour corser les ébats, le courant au raz Blanchard est bel et bien contraire, cela jusque vers 21 heures ce soir. Nicolas Bérenger a opté pour séduire la belle l’option à terre, histoire d’essayer de forcer ce passage situé à de la pointe du Cotentin, inévitable goulot qui mènera ensuite à Cherbourg.
En évoluant dans moins de trois mètres d’eau, dans les cailloux où la belle a rejeté tant de prétendants, le coup est jouable, risqué, mais jouable. D’autres préfèrent la prendre par le large, en laissant l’île d’Aurigny sur leurs tribords. Le courant sera là aussi violent, mais cependant moins fort qu’à terre, sauf si l’on souhaite naviguer, comme KONE Ascenseurs, au ras du raz.
Cette attaque dans les règles ne servira qu’à truster une place d’honneur. La belle a déjà choisi son camp. Le Géant Vert Gildas Morvan devrait empocher sa 4ème victoire d’étapes. Nicolas Bérenger va devoir patienter encore un peu avant de devenir roi. Arrivé prévue de KONE Ascenseurs ce soir entre 20 et 22 heures.
Mardi 5 Août : Satisfactions et regrets, Nico toujours dans le top ten.
Comme prévu, cela a été très chaud hier lundi en Manche. Ce n’était pas seulement la faute au soleil, mais bien en raison d’une très belle passe d’armes entre les « gros bras » de la série. A 20h49, Nicolas Bérenger coupait la ligne en 10ème position. Cette performance permet à KONE Ascenseurs de gravir deux échelons au classement général. C’est en 7ème position qu’il appareillera vendredi prochain pour l’ultime étape de cette édition. 860 milles, l’île de Man à contourner, des caps, des péninsules, autant dire que les coups et mistoufles seront encore plus nombreux que d’habitude. En un mot, de quoi perdre sa chemise ou de se refaire la « cerise ».
« Je l’ai échappé belle, voilà le terme qui me vient depuis tout à l’heure. En milieu d’après-midi, j’avais 10 milles de retard et j’ai réussi à revenir. En fait, j’avais déposé ma démission à 14 heures, mais comme le directeur n’est pas venu la signée, je me suis dit : bon, je m’y remets alors ! ». Navigation dans les cailloux, prise de risques contrôlée mais certaine ont permis à Nicolas de raccrocher le sillage de ses camarades de jeu, partis sans lui suite à un mauvais positionnement dans la mâtinée.
Le skipper de KONE Ascenseurs a le don pour ne rien laisser passer. A chaque fois, il se souvient des coups mal joués, pour les coups gagnants, il est moins intarissable. Ainsi, il n’est guère satisfait de son atterrissage sur Ouessant dans la soirée de dimanche. « Je m’en veux terriblement. Je n’étais pas dans la bonne veine de courant. 300 mètres plus loin, j’aurai glisser comme une fleur. J’ai perdu 3 à 4 milles sur ce coup là. Avec Fred Duthil (2ème de l’édition 2007 NDLR) , on s’est battu comme des chiffonniers pour revenir. J’avais retrouvé la carbu, j’allais vraiment vite ».
L évocation de la dernière étape fait briller les yeux pourtant tirés de Nicolas lorsqu’on lui demande s’il aura encore assez de jus. « Il y a intérêt. Celle là, elle faisait 600 milles, c’était tout droit sous spi. L’autre va faire 250 milles de plus, il y aura des bords à tirer… Deux jours de plus, ouais, il y aura besoin de pêche et ouais, il y en aura ».
Le 8 août, la flotte filera pour un véritable sprint final vers le port de l’Aber Wrac’h en passant par le cœur même de l’Irlande sans y faire escale. En allant jusqu’à contourner l’Ile de Man pour la toute première fois, les figaristes parcourront 825 milles jusqu’en Région Bretagne, soit la plus longue étape de l’histoire de La Solitaire.
C’est une véritable étape marathon, la plus longue de l’histoire de La Solitaire du Figaro. Elle cumule deux étapes traditionnelles, puisque cette 39e édition ne s’arrête pas en Irlande cette année. Toutefois, les figaristes passeront beaucoup de temps dans ses eaux puisqu’il faudra contourner l’Ile de Man, située dans le Nord-Est de Dublin.
C’est encore un parcours très ouvert puisque les skippers auront toute liberté d’option au passage de la pointe Ouest de la Cornouaille anglaise. Certains passeront à terre entre Longships et les îles Scilly, d’autres préfèreront laisser les Scilly sur leur tribord.
La flotte remonte plein Nord vers le fameux canal Saint-George, le passage le plus étroit entre le Pays de Galles et l’Irlande. Il s’agira de laisser le phare The Smalls sur son tribord, réputé pour ses forts remous, puis d’aller chercher l’Ile de Man (572 km2 et 53 km de long) pour la contourner en la laissant à bâbord.
C’est une descente plein sud avec plusieurs options. Soit la descente peut favoriser le côté irlandais en longeant les bancs de sable de Kish Bank, Codling Bank ou Arklow Bank. Ces bancs de sable sont réputés pour leurs accélérations de courant sur leurs pentes. Soit la descente peut se faire côté gallois pour venir chercher de nouveau le phare The Smalls avant de retrouver la mer Celtique au sud du canal Saint-George. Les figaristes auront toute liberté de choix pour franchir les îles Scilly. Certains passeront à l’Est, d’autres préfèreront longer la côte de Cornouaille.
La traversée de la Manche sera rapide.L’arrivée sur l’AberWrac’h sera vite annoncée par le faisceau du phare de l’île Vierge, un éclat toutes les 5 secondes visible jusqu’à 40 milles à la ronde, soit dès le milieu de la Manche.
Après 825 milles de navigation, l’Aber Wrac’h sera le port de la délivrance de cette 39e édition.
Vendredi 8 Août : La guerre du Golfe reprend
Les solitaires pensaient en avoir fini du golfe de Gascogne et se faisaient une joie d’aller voir pour la toute première fois les vertes prairies de l’île de Man. Et bien c’est complètement raté, la faute à une très méchante dépression qui va venir balayer la zone mardi prochain. Nicolas Bérenger ne vogue donc pas ce soir vers l’Irlande mais vers la bouée Brittany mouillée dans le sud-ouest de la pointe Bretagne. En raison de tous ces changements, ce n’est qu’à 18 heures que KONE Ascenseurs a franchi la ligne de départ, fort de sa septième place au classement général. Le ciel est bleu, le vent de nord-ouest souffle à 15 nœuds. La nuit s’annonce belle mais dès demain midi, la pluie devrait s’inviter sur l’ouest de la France.
« Je faisais partie des cinq coureurs qui ont alerté la direction de course sur les mauvaises conditions qui allaient sévir en mer d’Irlande. Je me félicite de l’avoir fait, que la direction nous ai écouté et nous ai bien compris. C’est donc une très sage décision ». L’idée d’aller régater dans 50 nœuds de vent en mer Celtique ne faisait en effet plaisir à personne !
L’échéance de mardi prochain peut sembler lointaine, mais tous les modèles indiquent depuis ce matin que la dépression ne va faire que se creuser. Elle concernera d’ailleurs la fin de la course puisque les skippers vont tout faire pour arriver à l’Aber Wrac’h avant son passage. D’ici là, le chemin sera mal pavé et cela tout au long des 574 milles de ce nouveau parcours.
« Cela va quand même être très dur. Il y a une bouée à aller chercher à 290 milles dans l’ouest. Cela veut dire au près et je pense qu’on va arriver à cette marque très fatigué. Il y a du vent, 25 nœuds en moyenne, de la mer, des passages de front à négocier. Cela va être compliqué, on va mettre du temps pour y aller, plus de temps que ne l’imagine la direction de course, mais bon… »
Une fois la bouée Brittany contournée, normalement dans la journée de dimanche prochain, KONE Ascenseurs retrouvera des conditions similaires à la deuxième étape, soit une glissade sous spi avec un vent qui se musclera jusqu’à atteindre son apogée dans la matinée de mardi prochain. Un seul changement : les skippers devront laisser l’occidental de Sein, au large de l’île du même nom, sur leur bâbord avant de rejoindre, par le chemin qu’ils veulent, le port de l’Aber Wrac’h.
« Le reste du parcours me plaît. On revient près des cailloux, près de la terre. Il y a du match, cela va être bien. Et puis cela reste une grosse étape. 574 milles, ce n’est pas rien ».
Samedi 9 Août : L’automne en été
La nuit a été claire mais froide, le lever du soleil a laissé croire aux crédules qu’il darderait ses rayons sur toutes les plages de la côte. Que nenni. Du gris, de la pluie et un vent pas piqué des hannetons vont animer les prochaines 36 heures, voir plus, de course. Sur KONE Ascenseurs, l’écoute entre les dents et une des mains rivées à la barre franche, Nicolas Bérenger fait le dos rond. Plutôt très bien d’ailleurs puisqu’il est positionné dans les cinq premiers alors qu’il négociait sa sortie de la Manche.
30 nœuds de vent de sud-sud-ouest, mer hachée, de celle qui fait cogner lourdement les étraves dans le creux des vagues, voilà le tableau de la fin de mâtinée alors que l’île d’Ouessant sera paré dans les prochaines heures. Le début d’étape avait été plus sympa et dès le passage du raz Blanchard hier soir, vendredi, Nicolas Bérenger avait choisi son camp, optant pour une navigation le long des côtes. Bien lui en a pris, c’est cette option qui se révèle aujourd’hui gagnante.
Alors que vous ne saurez quelles cravates choisir ou quelles paires de talons hauts mettre pour passer cette soirée de samedi, Nicolas a lui déjà une idée très précise de sa tenue, même si elle n’est pas la plus seyante : la combinaison de survie ! Sa couleur jaune est parfaite, son étanchéité remarquable et de plus elle protège parfaitement contre le froid... Karl Lagerfeld aurait pu en faire la publicité…
Dimanche 10 Août : « Une étape à gagner »
Ce soir, Nicolas Berenger en aura fini avec son long bord de près, celui qui a débuté à Cherbourg vendredi soir. Vers 22 heures, il pourra envoyer à nouveau son spi pour rejoindre l’arrivée, prévue lundi en fin d’après-midi à l’Aber Wrac’h. Sur le golfe de Gascogne, le soleil est revenu et le vent d’ouest ne souffle plus qu’à une vingtaine de nœuds. Lorsqu’il a été joint vers 13 heures par la VHF de l’organisation, le skipper de KONE Ascenseurs était, comme d’habitude, particulièrement en verve.
« Moralement, il a fallu s’accrocher sévère. Là, je suis en train de manger mon premier repas chaud depuis le début. Je n’ai fait que grignoter, donc cela veut dire que les conditions étaient sportives. J’ai eu jusqu’à 33 nœuds de vent, avec une houle croisée, vraiment pas agréable, de quoi retourner les estomacs…En Bretagne, ça castagne et là, ça castagnait grave. ».
Le front froid est passé sur la flotte hier soir en milieu de nuit, alors que Nicolas naviguait cap à l’ouest, face à une mer forte sous Solent et un ris dans la grand-voile. Après son passage, virement de bord, cap au sud dans un vent d’ouest modéré, 20 à 25 nœuds. « J’ai bien pu régler mon pilote, ce qui m’a permis de récupérer car hier, avec toutes les heures à la barre, cela a été assez rude. Et depuis quelques heures, ça castagne tactiquement cette fois. Après 200 milles de près, de nous retrouver tous aussi groupé, c’est étonnant. C’est le côté sympa, il y a du monde dans le bourg, on s’observe et on essaye tous de faire mieux que les autres. »
La bouée météo Brittany n’est plus qu’à une quarantaine de milles et pour l’atteindre, les skippers « tricotent » sévères puisque le vent souffle dans l’axe, avec des petites rotations qui rendent tantôt un bord plus favorable que l’autre. Après le passage de cette marque, c’est « tout droit » sous spi. « On a hâte de remettre le bateau debout, de tout ranger. Là je mange avec mes doigts car j’ai perdu ma fourchette, de se sécher, d’enlever la combinaison sèche et d’envoyer ce beau spinnaker blanc qui va nous tirer jusqu’à l’Aber Wrac’h.. Je me méfie des positions actuelles sur l’eau, mais il reste une étape à gagner. Je suis dans le match sur celle-là donc on va tout faire pour ».
Mardi 12 Août. Nicolas Bérenger : « Ce Figaro a décuplé ma soif de gagner »
L’année dernière, Nicolas Bérenger avait raté le coche pour peu de choses, avec au final une 11ème place au classement général. Hier soir à l’Aber Wrac’h, le skipper de KONE Ascenseurs a bien montré qu’il avait plus que sa place dans le top Ten. Dans plus de 90% des classements établis tout au long de cette 39ème édition, il y figurait toujours, avec très souvent des places dans les cinq premiers. Cette édition a été particulièrement difficile, avec une météo en dent-de-scie qui a constamment obligé le directeur de course à revoir sa copie. Calmes plats, coups de vent se sont ainsi succédés lors de ces trois étapes disputées contre vents et marées. Avec une septième place au classement général 2008, Nicolas peut être satisfait de lui, mais le skipper voit plus loin. Déjà se profile à l’horizon la cap Istanbul, l’autre rendez vous phare de sa saison. A son arrivée sur les pontons, Nicolas était ivre de fatigue mais c’est prêté comme d’habitude, avec toujours la même spontanéité et sans calcul, au petit jeu des questions réponses.
Nicolas, c’était ta 6ème participation, dont la 3ème en tant que skipper de KONE Ascenseurs et c’est la toute première fois que tu finis dans les dix. Le bilan est donc satisfaisant ?
« Enfin je rentre dans les dix premiers de la Solitaire mais j’ai pourtant l’impression d’avoir fait le plus mauvais Figaro de ma vie. Première étape je fais neuf, la deuxième je fais dix et là sept alors que l’année dernière j’avais fait trois étapes dans les cinq…Non, j’ai vraiment eu le sentiment d’être mal inspiré, de n’avoir pas été bon. C’est vrai qu’être régulier, être toujours dans les points, c’est déjà bien mais je ne peux m’empêcher de penser que je viens de perdre la cinquième place pour une douzaine de minutes. C’est forcément rageant. La voile, c’est un sport dur, vraiment dur, qui forge le caractère et qui fait bien mal là où il faut. »
Tu as été très régulier sur cette édition. Que te manque t-il pour accrocher une victoire d’étape ?
« Il va falloir que je sois plus inspiré. Sur cette dernière étape, j’ai du être inspiré pendant quatre heures en tout et pour tout. Pendant quatre heures, c’est moi qui ai mené le jeu et après j’ai perdu le fil. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas été capable de prendre des décisions, de faire mes choix de bords. J’ai suivi et ce n’est pas en suivant que l’on peut gagner cette course. Il faut savoir être maître du jeu, pas forcément de bout en bout, mais dans toutes les phases décisives et elles sont nombreuses.
Le 14 septembre, la Cap Istanbul va débuter. Tu es le tenant du titre, mais cette fois cette épreuve se dispute également en solitaire. Auras-tu le temps de récupérer après cette course où tu as déjà tout donné ?
« Cap Istanbul, je suis dans mes eaux. On va dire que le bateau va mieux flotter, va aller encore plus vite et que mentalement je vais être encore plus fort. Cette dixième place me mets forcément en confiance. Là, je suis tellement crevé, explosé de fatigue, que je vois tout en noir. C’est mon caractère, mais je sais que demain, après une nuit de repos, j’aurai encore plus soif de victoires que jamais ».